13.12.2007

Tara Topan contre les mariages forcés

Au Burkina Faso, le mariage forcé reste répandu dans les campagnes. A la tête de l’association Kebayina, Tara Topan se bat pour aider les jeunes filles en détresse à faire valoir leurs droits.   

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Lorsqu’elle évoque sa jeunesse, le regard déterminé de Tara s’assombrit, comme écrasé par le poids du souvenir. Etudiante brillante en France à la fin des années soixante-dix, Tara n’oubliera jamais son retour au Burkina Faso, son pays d’origine, en 1980. Durant son absence, son  grand-père a décidé de la marier à un homme qu’elle n’a jamais vu. Epouvantée, Tara réussit en cachette à persuader l’étranger, devenu depuis l’un de ses meilleurs amis, de ne pas l’épouser (En photo: Tara Topan).

Mais depuis, la révolte ne la quitte plus. Inlassablement, cette mère de deux grands enfants consacre aujourd’hui toute son énergie à voler au secours des jeunes filles qui, comme elle, sont contraintes chaque année de fuir leur famille pour échapper à leurs promis.

cb1c739ac56d4718c810ddbbb1b0e9fd.jpg« Souvent, elles sont considérées comme de vulgaires bouches supplémentaires à nourrir, même si elles multiplient les petits boulots et assurent l’intégralité des tâches ménagères. Leurs parents, qui peinent à survivre, cherchent à s’en débarrasser au plus vite », explique Tara (photos: marché de Koupéla).

En 1996, elle a fondé avec un groupe d’amies l’association Kebayina, qui signifie « solidarité » en langue gouing. Basée à Ouagadougou, la capitale, elle oriente les adolescentes sans ressources vers des centres et des missions catholiques, où elles pourront trouver gîte et couvert et apprendre un métier.

a7bc73fe8692fec52bfb7d4843560cd7.jpg« Pour elles, fuir est souvent un crève-cœur. La plupart sont maudites par leurs proches. Personne n’ose les aider, de peur de s’attirer les foudres de leur famille, la vengeance des anciens ou la malédiction divine », regrette Tara.  

La déroute économique du Burkina Faso, où les trois quarts des habitants ne savent ni lire ni écrire, ne semble guère annoncer de jours meilleurs pour ces adolescentes en difficulté. Pourtant, même si elle est consciente du long chemin qui reste à parcourir, Tara se dit bel et bien confiante en l’avenir.

76fcb53aac88caaee372326b0493cdb3.jpgDepuis août 1990, le code de la famille dit en effet qu’une fille doit être âgée d’au moins 17 ans pour pouvoir prétendre à un mariage civil. « Et la polygamie n’est possible que si toutes les épouses sont d’accord », se réjouit Tara.

 Patiemment, elle organise régulièrement des réunions dans les villages reculés, pour faire connaître ces nouveaux droits aux plus démunies et les inciter à s’en servir. Un premier pas, elle en est sûre, vers moins d’injustices.  

Témoignage

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Mariée à l’âge de quatorze ans, Rasmata enseigne le tissage au centre artisanal de Kaya, une ville de 35 000 habitants à une centaine de kilomètres au nord de Ouagadougou.

« L’une de mes amies a été donnée en mariage par son père à un vieil homme aveugle de 80 ans, qui possédait déjà plusieurs épouses. Parce qu’on lui avait dit qu’elle était destinée à l’un de ses fils, elle a accepté. Mais c’était faux. Quand elle l’a compris, elle a décidé de se sauver », raconte la jeune tisseuse.

Agée de dix-neuf ans, la fuyarde est alors traquée sans merci. « Elle s’est cachée partout, puis nous l’avons recueillie chez nous. Mais la faute est retombée sur sa mère. Les anciens ont voulu l’expulser de son village. Il lui reprochait d’avoir mal élevé sa fille, d’en avoir fait une honte pour toute sa famille », confie Rasmata.  

Heureusement, l’histoire se termine bien. La jeune fille s’est exilée en Côte d’Ivoire. Le vieux prétendant, lui, est décédé. Dans une lettre pleine de reconnaissance, la jeune promise a confié à Rasmata son espoir de revenir un jour, peut-être, dans sa province natale, pour présenter enfin ses trois enfants et son mari à sa mère. (En photo :  Rasmata).

 

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