23.04.2008

Des livres et des hommes (2)

1 026 habitants et 145 000 livres. L'originalité de Banon, petit village perché dans les Alpes provençales, tient dans ces deux chiffres.  Elle doit aussi beaucoup à l'acharnement d'un homme, Joël Gattefossé, 57 ans, auteur d'une success story qui en ferait rêver plus d'un.

Lorsqu'il découvre Banon, il y a une quinzaine d'années, cet ancien ébéniste tombe immédiatement sous le charme. Passionné de livres, Joël Gattefossé sort d'une période difficile. Après le décès de ses parents, puis son divorce, il décide de rendre un hommage à son père, imprimeur.

Durant son enfance, Joël Gateffossé a baigné dans les livres, mais n'a pas souhaité suivre les traces de son père. C'est ici, dans ce village où poussent les Bleuets, qu'il décide de lui rendre hommage et d'ouvrir en juin 1990 une librairie éponyme.

Cet acharné retape de ses mains un local, sous l'oeil goguenard de quelques habitants, qui croient à une lubie de passage. Joël Gattefossé évoque son aventure avec la précision de ceux qui ne laissent rien au hasard et qui entendent bien contrôler dans les moindres détails leur destin. "J'ai démarré avec 97 livres. Au début, cela a été la grande misère, puis la misère tout court. Puis les choses se sont améliorées", explique-t-il.

Les résultats sont là. Aujourd'hui, le Bleuet compte 145 000 ouvrages, dont 76 634 titres. "Nous vendons en moyenne 316 livres par jour. Les gens viennent de tout le pays, et même de l'étranger pour acheter", raconte le propriétaire des lieux, qui a réalisé six embauches.

Pourtant, Joël Gattefossé n'entend pas s'en tenir là. Son objectif ? Atteindre 110 000 références, avant sa retraite, dans quelques années. Placé au vingtième rang national, grâce à ses ventes, le Bleuet n'en demeure pas moins un exemple de réussite, en milieu rural.

"Banon se trouve à 37 kilomètres de Manosque. Certaines personnes, qui habitent le bourg, ne prendraient pas leur voiture, pour aller à la bibliothèque, si loin. Au départ, on m'a pris pour un fou. Mais je suis né dans une petite commune, et ma librairie ne pouvait pas se situer ailleurs qu'ici. La culture n'est pas faite pour une élite. Je fais de mon mieux pour la mettre à portée de tous".

22.04.2008

La plus petite bibliothèque du pays (1)

La lecture en milieu rural est-elle en passe de s'éteindre ? Non, contrairement aux idées reçues, et ce malgré le développement du multimédia. dans les villages, la petite bibliothèque de proximité constitue parfois le dernier lieu de rencontre, le dernier service public accessible à tous et ouvert le dimanche.

Mais ces bibliothèques n'existeraient pas sans les initiatives et la présence de dizaines de milliers de bénévoles. Ce sont eux qui, souvent avec beaucoup de ténacité et d'acharnement, bataillent pour insuffler la pratique de la lecture dans les régions où, parfois, certains élus la considèrent encore comme un luxe.

Dans les jours qui viennent, nous tenterons de relayer les initiatives montées ici et là, pour mettre la culture à portée de tous dans les campagnes.

La toute première qui nous vient à l'esprit, est celle de Dominique Saint-Priest, éleveur de brebis à La Génetouze, dans la Vienne. Passionné de livres depuis toujours, cet agriculteur voulait prouver qu'il était possible d'aménager dans un petit village, un équipement culturel digne de ce nom, sans la plus petite subvention.

En 1997, il a créé avec une poignée d'amis - postier, agriculteurs, forgeron - une association, baptisée la Cantonade. Ensemble, les copains se sont retroussés les manches pour redonner une seconde jeunesse à l'ancienne porcherie du presbytère, désaffectée depuis des années.

Un espace de 9 mètres carrés, dans lequel ils ont créé ce qui constitue aujourd'hui la plus petite bibliothèque du pays.

Pour la petite histoire, Dominique Saint-Priest s'est d'abord vu interdire par les autorités sanitaires l'ouverture des lieux. Cause invoquée, l'absence de sanitaires destinés au public, réglementaires dans un tel endroit.

La bibliothèque a ouvert malgré tout. Elle abrite aujourd'hui plusieurs centaines d'ouvrages. Des permanences y sont assurées chaque semaine, le samedi après-midi. Elles sont tenues par Dominique ou les membres de sa famille.

Une dizaine de familles sont "inscrites", si l'on peut dire. Car à la bibliothèque de Dominique, les prêts sont gratuits, et la paperasserie inexistante.

Le principal intéressé, lui, estime avec raison, avoir gagné son pari. "La bibliothèque la plus proche était située à 7 km, sur le canton de Saint-Léonard. Pour moi, le livre a toujours été un compagnon essentiel. La culture doit être accessible à tous. Nous avons prouvé que c'était possible".