26.03.2009

Des acteurs au pays des merveilles

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Paru le 24 mars dans la Croix :

 

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Basée à Morlaix, une troupe de comédiens handicapés mentaux interprète Alice ou le monde des merveilles, d’après Lewis Caroll. Leur différence donne toute sa force à la pièce (Photo publiée dans Ouest-France).

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Un lapin, deux lapins. Sur scène, les comédiens de l’atelier Catalyse surgissent de la pénombre et traversent un à un la scène, un réveil en main, avant de se perdre à nouveau dans le noir.
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Au loin, un brouhaha de voix résonne, mêlé au tic-tac obsédant d’horloges invisibles. « Comme tout est étrange aujourd’hui… », s’étonne soudain Alice, alias Christelle Poudeur, une jeune actrice handicapée mentale de 25 ans.

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Comme Anne, Claudine, Yvon, Jacques et Christian, les autres acteurs de la pièce, également handicapés mentaux, cette jeune Bretonne n’en est pas à ses débuts.

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Créée en mars 2006 au théâtre du pays de Morlaix, dans le Finistère, la pièce Alice ou le monde des merveilles a déjà été jouée à une soixantaine de reprises de Saint-Etienne à Avignon, en passant par Lorient ou la région parisienne. Le résultat de deux années de travail intensif, orchestrées par Madeleine Louarn, metteur en scène et directrice du Théâtre de l’Entresort.

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« Nous avons monté ce projet avec le Théâtre des Lucioles, basé à Rennes, à partir de la traduction d’Ellen Riot, et en respectant à la lettre l’œuvre de Lewis Caroll », explique cette ancienne éducatrice, également fondatrice de l’atelier Catalyse.

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Agés d’une cinquantaine d’années, les comédiens - hormis Christelle - sont professionnels depuis 1994, et répètent chaque jour dans cet atelier, qui dépend de l’association les Genêts d’or, à Morlaix.

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Depuis sa création, en 1984, ils ont déjà joué de nombreuses pièces, comme Les Veillées Absurdes, de Daniil Harms, Le Jeu du songe, d’après Shakespeare ou Que nuages, de Samuel Beckett.

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Une différence comme une force

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« Hormis Christelle, aucun d’eux ne sait lire. Pour Alice, nous avons donc étudié les différentes séquences de la pièce autour d’une table. Chacun a répété son rôle après moi, phrase après phrase. Puis nous sommes passés sur le plateau », résume Erwana Prigent, éducatrice.

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Le résultat, étrange et troublant, donne toute sa puissance à l’univers à la fois naïf et obscure de Lewis Caroll. « Sur scène, leur différence et leur singularité s’imposent comme une force. Parce qu’ils ont eux-mêmes une perception troublée de la réalité, et qu’ils perçoivent intuitivement les non-sens, ils sont les meilleurs interprètes pour le monde d’Alice », confie Madeleine Louarn.

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Professionnelle avant d’être thérapeutique, la pratique du théâtre a déjà apporté beaucoup aux acteurs. « Le public les considère avant tout comme des comédiens, et pas comme des handicapés. Pour eux, jouer est une ouverture culturelle énorme. Elle leur a permis de gagner confiance en eux et leur a appris à travailler en équipe et à s’écouter les uns les autres », constate Erwana Prigent.

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Un enthousiasme partagé par les principaux intéressés. « Parfois, le public rigole et applaudit. Surtout quand la reine coupe des têtes. Cela me fait plaisir », explique Claudine qui, avec sa perruque noire et sa robe en satin rouge, campe une Reine de cœur cruelle et félinienne à souhait.

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Les comédiens ont déjà le regard braqué vers l’avenir. Depuis un an, ils planchent sur L’Empereur de Chine, une pièce du dadaïste Georges Ribemont-Dessaignes. Une création programmée en décembre prochain, au Théâtre de Lorient.

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Renseignements : 02 98 63 20 58. www.entresort.net

 

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